mercredi 20 mars 2013

Riposte Patronale :  l'extrême-droite et la direction de la RATP unies contre toutEs les salariEes et leurs syndicats.


C'est une offensive rondement menée qui vient d'avoir lieu à la RATP. Si l'on ne savait que l'extrême-droite et le patronat n'ont pas besoin de se concerter pour mettre en œuvre spontanément leurs intérêts communs, on pourrait presque penser que la concomitance entre une campagne de Riposte Laïque contre la CGT et la sortie d'un guide des bonnes pratiques dans l'entreprise , soit-disant destiné à défendre la laïcité,  ne relève pas du hasard. 

On le sait, le patron de Riposte Laïque a des comptes à régler avec la CGT qui a fini par l'exclure il y a un an, et pour cause, que ferait à la CGT un Kamarade du Bloc Identitaire et de Marine Le Pen ? Mais bien évidemment Pierre Cassen n'était pas seul, et certains de ses amis ont attendu « leur » moment pour quitter le syndicat en fanfare, et en profiter pour tenter de lancer une offensive raciste ciblée.

Premier acte: une vidéo "choc" 

En décembre 2012, une vidéo paraît  sur le site de Riposte Laïque
La vidéo, que l’on ne peut pas qualifier de reportage, est d’un vide impressionnant. On y voit les jambes de quelques  femmes, dans un lieu qui semble un domicile privé. Elles sont présentées comme des salariées de la RATP mais étrangement une des femmes qui parle le plus cite à deux reprises « le PDG de la SNCF »…  Les interventions sont coupées très fréquemment, sont très courtes et donc dé-contextualisées.

Les femmes en question se disent discriminées et harcelées par des collègues masculins, qualifiés de « musulmans » à certains moments, et à d'autres de « maghrébins ». On comprend que tout part d'un refus de ces collègues de leur serrer la main, attribué à leur « intégrisme militant ». On comprend aussi qu'à la suite de ces accusations d'intégrisme, ces femmes ont été insultées par les collègues en question.

Voilà pour les faits relatés dans la vidéo. Suit l'interprétation des faits mais aussi un discours bien plus large accompagné de visuels "choc".


Des cibles bien classiques à l’extrême-droite

Des chiffres sont mentionnés dans la vidéo concernant la composition du personnel : « On laisse tout faire parce qu’ils deviennent majoritaires » « On est quand même une entreprise où on est très vraiment minoritaires, on est 7-8% ». On ne sait d'où sortent ces chiffres. « Eux », ce sont à la fois, les habitants des zones urbaines sensibles, mais aussi les musulmans, mais aussi les intégristes, mais aussi les « maghrébins ». Le tout est assorti d'un discours conspirationniste classique selon lequel la RATP aurait embauché ces gens pour qu'ils correspondent au « profil » des usagers, à savoir selon Riposte Laïque , des femmes voilées, des jeunes à capuche, bref des envahisseurs estrangers. Enfin, si les femmes interrogées dans la vidéo prétendent prendre la parole au nom de la lutte contre le sexisme, une bonne partie de leurs discours consiste à attaquer d'autres femmes, « musulmanes » ou « maghrébines », elles aussi, censées importer dans l'entreprise une attitude de soumission.

Dernier élément de la vidéo : les femmes en question accusent la CGT d'avoir été au courant de «tout cela » et d'avoir refusé de le dénoncer, et donc d'avoir laissé nos pauvres salariées seules face aux intégristes. S'en suivent de longues diatribes contre les "islamo-gauchistes" de la CGT.  

Deuxième acte: les repentis sortent de l'ombre.

Quelques jours après le lancement de ce « témoignage exclusif », nouveau coup de théâtre : un « ex-délégué » de SUD RATP envoie une lettre ouverte à Riposte Laïque où il atteste de la véracité des propos tenus et de la coupable inaction des syndicats face au « péril intégriste ».Quelques jours après encore, la suite : une syndiquée CGT révèle son identité et déclare quitter le syndicat dont elle aurait été adhérente depuis vingt ans. 


Aucun des  "repentis" ne précise cependant depuis combien de temps ils évoluent dans la sphère Riposte Laïque, ni comment des liens se sont noués entre eux et l'extrême-droite, au point qu'ils aient choisi un des sites phares de la fachosphère pour y poster leur vidéo. 

Troisième acte: Riposte Patronale

Et enfin très récemment, la conclusion du drame en trois actes : la direction, après avoir diligenté une « enquête interne » (1)  suite à cette seule vidéo, sort un « guide des bonnes pratiques », qualifié de "remarquable " par Riposte laique,  où sous prétexte de traiter de la laïcité sont édictées un certain nombre de règles sur le salut à utiliser ou pas entre salariés, sur la manière de se vêtir, sur les sujets dont on a le droit ou pas de causer au travail, bref une intrusion assez manifeste dans les moindres faits et gestes des salariés, qui aurait sans doute déclenché une protestation commune... si la campagne de Riposte Laïque n'avait pas érigé une affaire de serrage de mains en symbole de l'intégrisme triomphant dans la boîte.

Car l'offensive contre l’unité des agents, leurs droits et libertés et contre les organisations syndicales qui cherchent à faire vivre la solidarité et à combattre les discriminations part bien de là, rappelons-le : la vidéo de Riposte Laïque n'évoque absolument aucun autre fait qui se serait produit au dépôt de bus de Nanterre. Hormis ce « non-geste » initial, la vidéo ne fait qu'émettre des hypothèses et des rumeurs, notamment sur le fait que certains managers de la RATP auraient accepté d'aménager les horaires des chauffeurs « intégristes » pour qu'ils ne prennent pas des bus qui auraient été conduits immédiatement avant par des femmes.




Inversion victimaire

Evidemment, il ne s'agit pas de nier le fait qu'il puisse y avoir des intégristes d'obédience musulmane chez les salariés de la RATP. Ce serait un parti-pris tout autant coupable que celui qui consisterait à prétendre qu'il n'y a pas chez ces salariés des militants racistes et d'extrême-droite.
Mais faut-il être un « intégriste » pour ne pas vouloir serrer la main des militantes d'extrême-droite de Riposte Laïque qui balancent des ignominies racistes sur leurs collègues, les appellent « dégénérés » , qui publient des listes syndicales en pointant le nombre de personnes d'une même origine sur ces listes, qui se scandalisent que des usagers d'origine immigrée « profitent » des bus , qui traitent les collègues musulmanes de femmes soumises ?

Car la réalité est bien là : hormis les militantes de Riposte Laïque et leurs alliés, on ne trouve pour le moment personne pour évoquer une islamisation de la RATP avec la complicité de la direction.

Par contre, la campagne de Riposte Laïque n'est pas la première action de cette mouvance contre certains collègues et spécifiquement contre ceux de la CGT au sein de l'entreprise : dès décembre 2011, au dépôt de Clignancourt, des insultes racistes nominatives contre un délégué CGT et des agents de maîtrise issus de l'immigration sont retrouvées sur un tract accompagnées de bouteilles dans lesquelles des saucissons ont été glissés.

Et la dernière affaire impliquant une association musulmane et la RATP  a eu lieu lorsque la régie publicitaire du groupe a refusé la campagne du CCIF contre l'islamophobie.

Quant au fameux plan de « discrimination positive »....il n'existe pas. En fait, il s'agit d'une vieille campagne de l'extrême-droite qui date de 2003, quand la RATP a retiré la condition de nationalité pour le recrutement de ses agents, ce qui était parfaitement logique et légal. Mais depuis l'extrême-droite en a fait son fond de commerce, ce qui se ressent dans la vidéo, où l'une des salariées évoque comme un « droit » perdu, le fait de pouvoir faire embaucher en priorité les gens de sa famille dans l'entreprise.

A part ça la RATP se vante effectivement d'avoir 60% de salariés nouvellement embauchés venant de communes franciliennes où certains quartiers sont classés en ZUS. Rappelons quelques éléments à ce sujet : il est bien rare qu'on fasse chauffeur de bus quand on est d'ascendance bourgeoise, par conséquent il est bien normal qu'une grande partie des salariés vienne de quartiers populaires, de plus bien des villes comportent des ZUS sans y être classées en totalité, cette statistiques ne veut pas dire grand chose...et ne dit surtout rien sur la religion ou l'origine des salariés. Nos militants de RL semblent l'ignorer mais le fait d'être de nationalité française, non-musulman n'empêche pas de vivre en ZUS. Tout le monde n'a pas le niveau social des fascistes de Riposte Laïque.

La campagne de RL est donc un classique de l'inversion victimaire pratiquée par l'extrême-droite, un renversement du réel, où les minorités oppressées par les fascistes deviennent les soit-disant bourreaux.



La division et la confusion cultivées par Riposte Laïque arrangent bien le patron


La campagne menée par Riposte Laïque vient en effet appuyer une offensive patronale concernant les revendications et les libertés individuelles des salariés, qui n’est pas propre à la RATP, loin de là. Cette offensive vient de se concrétiser avec la publication d'un « Guide de la laïcité et de la neutralité dans l'entreprise »

Riposte Laïque a posté ce guide ici, comme un trophée. 
Sa valeur légale est floue, menace gravement les droits et libertés des salariés, et illustre le développement de formes de contrôle et de soumission qui vont jusqu’à leur dénier le droit d’avoir et d’exprimer des convictions. Le seul document encadré légalement dans l’entreprise est le règlement intérieur qui est soumis à une procédure (information , consultation des représentants du personnel, avis de l’inspection du travail) limitant les exigences patronales, ce que beaucoup contournent à coup de chartes éthiques, de codes des bonnes pratiques...

Dans ce guide, la RATP revendique
l’application d’un principe de neutralité, lié à toute activité de service public.
Or le principe de neutralité est défini comme le principe selon lequel « tous les usagers doivent être traités de façon égale. »  (2). Ce principe de neutralité est conçu initialement pour  protéger les usagers des discriminations dont ils pourraient être victimes de la part d’une administration ou de certains agents !

La RATP prétexte ce principe de neutralité pour restreindre les libertés d’opinion et d’expression des agents. Ainsi, dans les contrats de travail signés depuis 2005 figure cette clause :
«Vous vous engagez à adopter, dans l’exercice de vos fonctions, un comportement et des attitudes visant au respect de la liberté et de la dignité de chacun. En outre, la RATP étant une entreprise de Service Public qui répond au principe de neutralité, vous vous engagez à proscrire toute attitude ou port de signe ostentatoire pouvant révéler une appartenance à une religion ou à une philosophie quelconque »
De même, la RATP inverse les principes concernant les libertés individuelles des salariés, notamment lors de l’exemple concernant l’habillement. En vertu de l’article L 1121-1 du Code du travail, un employeur ne peut imposer à un salarié des contraintes vestimentaires qui ne seraient pas justifiées par la nature des tâches à accomplir et proportionnées au but recherché. Mais la RATP décrète que « la liberté de se vêtir à sa guise au temps et au lieu de travail n’entre pas dans la catégorie des libertés fondamentales »

La vidéo de Riposte Laïque insiste particulièrement sur le refus des conducteurs hommes qui au nom de l’islam refuseraient de serrer la main à leurs collègues de sexe féminin.
Le guide de la RATP évoque longuement ce genre de situation, et pourtant, la RATP est bien obligée de reconnaître que l’entreprise ne peut pas aller jusqu’à codifier les marques de salut. Mais sans doute pour satisfaire aux pressions racistes et islamophobes, la RATP monte une usine à gaz en indiquant que le refus de serrer la main en fonction du sexe peut s’ajouter à d’autres comportements fautifs et donner dans ce cas lieu à une sanction.

Mais comment savoir ce qui motive un salarié pour refuser de serrer la main à des collègues ? Et surtout quels moyens de vérifier le comportement des agents vont-ils être validés et utilisés ensuite pour réprimer d'autres comportements ? La vidéo-surveillance, la délation permanente entre collègues ?

D’ailleurs, la RATP invente des concepts comme la revendication religieuse « implicite ». 

Pour la RATP, le simple fait d’avoir des vêtements, bijoux, objets sur le poste de travail pouvant montrer les convictions religieuses, philosophique et politiques est considéré comme le fait « d’imposer à la vue de tous ses idées et ses convictions ». Or, c’est le caractère ostentatoire qui était jusqu’à maintenant la base des restrictions vestimentaires. Et le guide rappelle la définition d’un acte ostentatoire, à savoir l’intention de se faire remarquer et non la simple existence de signes ou d’objets...

Car, rappelons-le, salarié et usager d’un service public ont parmi leurs droits fondamentaux la liberté d’opinion et d’expression. 
Même si évidemment ces libertés ne sont pas totales et absolues. L’injure, l’incitation à la haine raciale, l’orientation sexuelle, les origines, la religion ou le sexe ne sont pas des “opinions” que l’on serait libre d’exprimer, mais des délits, et c'est normal. Mais comme on l'a vu, lorsque des incidents racistes ont lieu contre des salariés, la RATP ne sort pas de guide...


Une attaque contre tous les travailleurs et les libertés, qui n'a rien à voir avec la laïcité


Au fond, deux choses sont ciblées par la RATP : d'abord le refus de prendre acte de la diversité des agents, en terme d’origine, de croyances religieuses ou philosophiques, un refus basé sur des pratiques anciennes de racisme et de discrimination. Mais aussi, utiliser le prétexte de la laïcité et la peur de l'islam pour donner plus de pouvoirs à la direction contre tous les agents, en espérant que la majorité d'entre eux ne verront pas l'attaque, obnubilés par la peur du « danger intégriste ».

Il est ainsi écrit dans le guide qu’un « agent est présent dans l’entreprise pour exécuter son contrat de travail, et donc, exercer une activité professionnelle. Ainsi, il n’est pas autorisé à exercer d’autres activités (politiques, religieuses…) »
Dans la réalité des rapports de classe un salarié ne vient pas sur son lieu de travail uniquement pour se mettre à disposition de son employeur. Il y vient aussi pour y rencontrer des collègues, échanger avec eux, tisser des liens, débattre, se confronter, s’opposer parfois. Et cela sur l’activité de travail elle-même (comment faire son travail ? comment réagir à des modifications des conditions de travail ?), mais aussi sur le fonctionnement de l’entreprise, la vie sociale, économique, politique, culturelle ou sportive.
C’est pourquoi la plupart des interdictions et limitations préconisées dans le guide, c’est dit explicitement, s’appliquent autant à des activités religieuses que politiques !

Et le sexisme dans tout ça ?

Si la RATP avait à cœur de promouvoir l’égalité, au lieu de restreindre les libertés de tous en satisfaisant aux penchants racistes d’une minorité, nous aurions quelques suggestions à lui faire !

Les femmes aujourd’hui encore ne seraient que 10% dans les secteurs bus et conduite de la RATP. Le sexisme n’est pas le propre d’une catégorie de salariés, et il est de plus institutionnalisé par l’entreprise. 
Ainsi, les agents de sexe masculin n’ont aucun droit à des congés pour garder un enfant malade, à moins que leur conjointe soit aussi à la RATP, auquel cas ils se partagent les jours . Cela fait donc reposer les absences autorisées pour enfant malade sur les femmes dont le conjoint travaille à la RATP, bel exemple d’égalité, et joli gain de productivité pour la RATP ! On peut parier que les salariées RATP dont le conjoint n’a pas de congé pour enfant malade aimeraient bien ne pas être les seules à bénéficier de ce droit dans le couple, et réciproquement !

Mais Riposte Laïque ne parle jamais de ce genre de choses : et pour cause, les fascistes bossent toujours pour les patrons, même quand ils se cachent sous le masque d'un pseudo-féminisme.

Cette offensive menée de front contre certains salariés et contre les usagers vient fort à propos, au moment, où les véritables miilitants organisent la riposte face à la politique de la direction : un front syndical s'est constitué sur la question de l'augmentation des salaires, et va probablement aussi se mobiliser sur la remise en cause des retraites qui se prépare.

Les salariéEs de la RATP et les syndicats qui ont à cœur l’égalité ont aujourd’hui le choix. 
Rentrer dans le débat tel qu’il est posé par une organisation d’extrême-droite, s’empêtrer dans les questions formulées par les fascistes qui reposent sur des présupposés idéologiques bien particuliers, qui déforment la réalité et divisent. Ou assumer la complexité de la réalité, remettre en cause ses pratiques, préjugés et comportements si besoin, et s’unir pour imposer l’égalité, gagner des droits pour tous, et faire taire les fascistes de tout poil.

Epilogue....

Après deux mois de campagne virale de Riposte Laïque , par un heureux hasard, Les Echos, journal patronal bien connu , découvre brusquement " un risque communautariste dans les entreprises". L'article commence par évoquer longuement la vidéo de Riposte Laïque...sans nommer l'organisation d'extrême-droite , et surtout en prétendant que cette vidéo aurait été simplement "reprise" par des "militants nationalistes" alors même que ceux-ci en sont à l'origine. 

L'article poursuit en évoquant une multitude d'autres faits attribués aux "musulmans", sans jamais les sourcer : surtout l'article opère une remarquable inversion victimaire concernant les discriminations à l'emploi. Le fait que les emplois sous payés ou précaires, dans la sous-traitance d'Air France ou chez Orange soient une norme pour les salariés issus de l'immigration devient une "ethnicisation" problématique ....pour la direction des entreprises, qui seraient légitimes à brider encore un peu plus les droits des salariés , par exemple celui de choisir la date de ses congés , en invoquant le caractère prétendument communautariste d'une telle revendication.


Quant aux courageux croisés de Riposte Laïque, ils échappent pour le moment à une procédure visant à faire retirer les vidéos et les articles racistes, car ils sont désormais domiciliés officiellement en Suisse. Patriotes, mais pas trop, tant qu'il y a des couillons pour monter au front à leur place, autant en profiter.


Notes

(1) « Concernant plus spécifiquement le sujet des discriminations contre les femmes, sachez que j’ai immédiatement demandé qu’une enquête interne soit diligentée afin de faire toute la lumière sur les propos tenus et sur les faits allégués dans cette vidéo ; cette enquête a été confiée à notre Déléguée Générale à l’audit et à l’inspection générale. Si des faits contraires au principe de laïcité sont confirmés, je les condamnerai aussi fermement que je condamne toute parole discriminante, et je prendrai les sanctions qui s’imposent. Je ne puis tolérer le fait que certains de nos agents soient victimes de discriminations sur leur lieu de travail. » (source Riposte Laique )
(2) [La Charte des services publics (18 mars 1992) introduit un principe de neutralité : « Corollaire du principe d’égalité, la neutralité garantit le libre accès de tous aux services publics sans discrimination. Intimement liée à la nature de l’État républicain, à son rôle de gardien des valeurs républicaines, la neutralité doit s’inscrire dans l’activité quotidienne des services publics. Elle implique la laïcité de l’État, l’impartialité des agents publics et l’interdiction de toute discrimination fondée sur les convictions politiques, philosophiques, religieuses, syndicales ou tenant à l’origine sociale, au sexe, à l’état de santé, au handicap ou à l’origine ethnique. Tout usager dispose donc des mêmes droits face à l’administration et les procédures doivent être garantes de son impartialité ».]

dimanche 10 mars 2013

Maison pour tous de Marseille: l'obscurantisme populiste dans un lieu d'éducation populaire


Au départ, il n'y a absolument rien que de très anodin dans la présentation de la conférence qui aura lieu ce lundi 11 mars à La Maison pour tous « La Pauline » à Marseille, conférence organisée par une association au nom très positif «  Culture Libre ». On nous propose, et gratuitement de surcroît, une information sur les effets des additifs alimentaires sur notre santé faite par une certaine Corine Gouget.

En cette période où les scandales concernant l'alimentation font la une des médias, disposer d'une information fiable , sérieuse et indépendante est évidemment une préoccupation légitime. Et il serait tout à fait dans le rôle d'une Maison pour tous, membre d'un réseau d'Education Populaire soutenu par les pouvoirs publics d'aller dans ce sens en proposant des conférences scientifiques et contradictoires sur ces sujets.

Par contre, accueillir des intervenants , qui en réalité, ne critiquent les dérives de l'agro-alimentaire que pour précipiter les gens dans l'univers des « médecines parallèles », de l'obscurantisme anti-sciences , voire de mouvements sectaires contrevient totalement à l'objectif des mouvements d'éducation populaire qui visent justement à promouvoir la connaissance et le développement de l'esprit rationnel.

Or, si la publicité de cette conférence de Corine Gouget et plus globalement de l'association « Culture Libre » est essentiellement assurée par le site d'extrême-droite Egalité et Réconciliation, ce n'est évidemment pas un hasard, puisque cela fait déjà longtemps qu'Alain Soral et Dieudonné s'associent périodiquement à des mouvements sectaires et se font une promotion réciproque avec les tenants de « thérapies » non conventionnelles.

Nous ne nous attarderons pas ici à démonter le contenu précis des thèses de Mme Gouget sur les additifs alimentaires. En effet, Mme Gouget n'est pas scientifique, elle n'est pas médecin, et de surcroît ne travaille pas de manière permettant le débat et la contradiction : son ouvrage ne référence que les « travaux » de gens favorables à ses thèses. Qui ne supporte pas la contradiction n'a pas à l'exiger.

Ce que propose Mme Gouget comme « alternatives » suffit à démontrer sa dangerosité : sur son site, on trouve , entre autres, des louanges et des CD à vendre qui incitent notamment à refuser les traitements médicaux contre le cancer et à s'en remettre à des pseudo-thérapies alternatives. Les personnes décédées suite au bourrage de crâne de ce type de gourous sont nombreuses, notamment en France ( voir à ce sujet le dossier de la Mivililudes sur les dérives sectaires dans le domaine de la santé). Mme Gouget est également une partisane des théories anti-vaccination et fait ainsi la promotion sur son site des élucubrations de Christian Cotten, néo-nazi notoire et par ailleurs membre de la liste antisémite de Dieudonné aux élections européennes de 2009.

Quant aux pratiques concrètes de Mme Gouget, elles consistent notamment dans l'embrigadement d'enfants mineurs pour relayer ses thèses, et elle assume : on trouve ainsi sur son site le résultat d'un « concours de dessins », où les représentations d'enfants morts ou malades à côté d'aliments ordinaires témoignent des horreurs paranoïaques que Gouget et ses adeptes mettent dans la tête des mômes, sans se soucier des conséquences psychologiques éventuelles.On y trouve aussi le compte rendu d'une entrevue au Ministère de la Santé où des gamins de dix et onze ans étaient utilisés comme porte-parole de Mme Gouget ( que le Ministère de Santé ait accepté une telle « entrevue » est d'ailleurs ahurissant en soi ).

La démarche de Mme Gouget est donc loin d'être « bénévole » : outre les bénéfices tirés de la vente de son bouquin , elle se sert naturellement de ses « conférences gratuites » pour faire connaître les « thérapies -miracles » de ses « collègues » , évidemment payantes.

Et l'association « Culture Libre » qui a donc réussi à se faire inviter à la Maison pour Tous est bien une officine manifestement destinée à promouvoir de nombreux autres membres de cette sphère sectaire qui fait son beurre sur les craintes légitimes des gens face aux dangers sanitaires découlant du mode de production capitaliste , tout en concluant des alliances avec l'extrême-droite, sur la base d'une méthode commune de domestication des esprits et des porte-feuilles : se servir de la peur, l'amplifier pour mieux contrôler .

Parmi les personnalités mises en avant et promotionnées par Culture pour tous figure par exemple le docteur Etienne de Harven : il fait partie de la galaxie des négationnistes du SIDA, ceux qui prétendent envers et contre toutes les analyses scientifiques que le VIH n'existe pas. Ces théories sont loin d'être inoffensives : De Harven a fait partie des personnalités à qui le président sud africain Mbeki a prêté une oreille attentive, en créant un «  Groupe Consultatif Officiel » dont lui et d'autres tenants de ses théories étaient membres. Le résultat:pendant des années, l'Afrique du Sud a retardé la mise en place de distributions de traitements anti-rétroviraux, tandis que la Ministre de la Santé prônait notamment l'ail, le jus de citron et 'huile d'olive pour traiter les symptômes de la maladie. La mortalité a explosé.

Autre personnalité mise en avant par Culture Libre, Henri Joyeux : celui-ci est certes un cancérologue reconnu. Mais certainement pas pour les sujets sur lesquels il s'exprime notamment dans une conférence pour l'association : la nutrition et les « maladies de civilisation ». En effet, Joyeux dans ce domaine est un partisan de l' « instinctothérapie » : il a préfacé plusieurs ouvrages d'un de Bruno Gomby, le promoteur français de  Guy-Claude Burger, gourou de la secte de l'instinctothérapie, condamné pour exercice illégal de la médecine et pour attouchement sexuels sur mineurs .

Henri Joyeux défend également la thèse selon laquelle l'IVG favoriserait le cancer du sein . Normal puisqu'il est par ailleurs catholique intégriste militant , président de Familles de France, association qui consacre actuellement l'essentiel de sa propagande à la lutte contre les droits des minorités LGBT.

Au fil des liens et des « chercheurs » proposés par Culture Libre, on trouve également Jean-Pierre Petit , un « UFOlogue » qui prétend que les gouvernements mondiaux seraient depuis longtemps en contact avec des extra-terrestres qui leur fournissent des armes secrètes.

Et évidemment, comme tout conspirationnisme est inévitablement antisémite, Culture Libre invite également les affidés d'Alain Soral, à commencer par le propagateur des thèses sur le complot juif et franc_maçon le plus à la mode en ce moment Jacob Cohen.

En France, cette mouvance sectaro-fasciste n'a nul besoin de recourir à des soutiens extérieurs pour recruter des adeptes et faire de l'argent : la médecine parallèle est un secteur en pleine expansion économique, et les scandales sanitaires suffisent à créer une peur suffisante pour que n'importe quel bouquin exploitant cette peur se vende à des dizaines de milliers d'exemplaires.

L'image de « réprouvés » du système que les charlatans en tous genre essaient de se donner n'est qu'une méthode de recrutement : la plupart des grandes maisons d'édition ont un catalogue «  médecine douce et paranormal », et les liens sectaires d'un Henri Joyeux n'empêchent pas que Familles de France soit agrée par l'Education Nationale à titre "d'association éducative complémentaire de l'enseignement public" .

Avec ou sans l'hospitalité de structures d'éducation populaire, les associations comme Culture Libre trouveront malheureusement des salles privées pour diffuser leur propagande, c'est le cas pour d'autres conférences que celle de Gouget.

Il est donc impératif  qu'ils soient bannis des lieux culturels publics comme les Maisons pour Tous, où bien d'autres intervenants sérieux et scientifiques pourraient s'exprimer sur les sujets concernant la santé.



Pour contacter la maison pour Tous la Pauline et lui donner votre avis sur cette conférence

Maison pour Tous La Pauline
Tél. 04 91 75 07 47        mptpauline@9business.fr

Pour protester auprès de l'association "Culture et Liberté" gestionnaire de La Maison pour Tous, le lien de leur page Facebook

samedi 9 février 2013

L'Effroyable Imposture du Figaro

Vous ne le saviez pas, mais bien avant de faire sauter les tours du World Trade Center, les mêmes comploteurs de l'élite mondialo-sioniste ont mis en oeuvre une conspiration encore plus sournoise et machiavélique en France: ils ont inventé le rap  pour pervertir la jeunesse.

Vous ne le saviez pas mais maintenant vous le saurez, grâce à la collaboration objective d'Alain Soral et du Figaro.

Le 24 février, aux éditions Kontre Kulture, sort en effet un ouvrage intitulé " L'effroyable  imposture du rap ", rédigé par un certain "Cardet", présenté comme un ex-adepte repenti de cette satanique musique qui depuis des dizaines d'années serait propagée dans les quartiers populaires de toute la planète pour transformer les jeunes en suppôts du mal.

Avec un titre faisant explicitement référence au livre de Meyssan sur le 11 septembre, et une maison d'éditions officiellement présentée comme celle d'Egalité et Réconciliation qui a récemment réédité La France Juive de Drumont, on sait à quoi s'attendre: pour celles et ceux qui ne seraient pas sûrs du contenu, Soral en d'ailleurs parlé dans une vidéo récente, où il s'entretient avec des anonymes  présentés comme "salafistes", dont il fait la louange comme étant eux, des musulmans et des enfants d'immigrés "exemplaires".

A ces "jeunes exemplaires" , il oppose la "racaille nourrie au rap" . Selon lui, et le bouquin de Cardet dont il fait la promotion dans cette vidéo, le rap est une offensive culturelle menée secrètement par " les juifs ashkénazes" qui auraient été derrière tous les artistes depuis trente ans.

Derrière le prétexte du rap, la thèse classique de l'extrême-droite : l'union de tous les "allogènes", ceux de l'intérieur, les Juifs, et ceux de l'extérieur, les arabes et les noirs , notamment , pour détruire la civilisation blanche.

Selon le public visé, mais aussi en fonction de la tendance politique qui émet le message, cette théorie connaît diverses déclinaisons sémantiques: si Soral peut évidemment sans souci parler directement des "Juifs", dans d'autres cercles, on parlera des "élites immigrationnistes", notamment dans les médias de la droite dure.

C'est ainsi que des éditorialistes du Figaro comme Rioufol présentent généralement les choses, afin d'éviter d'exprimer trop ouvertement un antisémitisme que la droite prétend généralement combattre, puisqu'il n'existerait que chez la partie de la population issue de l'immigration.

Pourtant, c'est bien dans Le Figaro, que le nouvel opus de Kontre Kulture, ce bouquin qui présente donc le rap comme un énième avatar du complot juif, aura fait l'objet d'une élogieuse publicité...avant même d'être publié.



" Sans le rap, il ne se serait jamais rien passé dans les banlieues" , voilà ce qu'on apprend dans cet article du Figaro. Et sans les déhanchements d'Elvis, la jeunesse n'aurait pas manifesté contre la guerre du Vietnam, comme chacun sait. 

Le ridicule de l'analyse, qui dispense qu'on la critique,  n'enlève rien à la gravité du fond, et à la collusion entre le "respectable" Figaro et les fascistes hallucinés d'Egalité et Réconciliation.

Ce compagnonnage ne s'exprime d'ailleurs pas que dans cette promotion d'un ouvrage de Kontre Kulture avant même sa parution , nous en avions parlé dans un précédent article, Le Figaro a également été le premier grand journal à faire la promotion d'un documentaire à visées négationniste réalisé par la boite de production des amis de Dieudonné , Clap 36, et ce au travers de deux articles différents !

Cette nouvelle publicité pour Soral et les siens dans le quotidien quasi-officiel de la droite française démontre que les alliances entre la droite et l'extrême-droite ne portent pas seulement sur la thématique raciste, mais sont bien existantes également sur l'antisémitisme, tant l'un ne va pas sans l'autre.

Accessoirement, son contenu offensif contre le rap et la banlieue justifie encore un peu plus le mépris qu'on peut avoir pour ces rappeurs qui font la promotion du fascisme de Soral ou de Dieudonné en les présentant comme les "vrais " rebelles et les véritables amis de la jeunesse des banlieues.

Maj: comme nous l'ont fait remarquer nos lecteurs, la couverture de l'ouvrage , reproduite sur l'article du Figaro est une "oeuvre" du dessinateur négationniste Zeon, qui s'en vante sur son mur Facebook

dimanche 3 février 2013

Stratégie du chaos: quand les partisans de Collon sèment le brun dans la CGT

Le numéro de novembre-décembre 2012 du journal « la Fédération » (publication destinée aux syndiqués de la Fédération CGT des salariés des activités postales et de télécommunications) faisait la promotion, en « 4eme de couverture », du livre « La stratégie du chaos », de Michel Collon et Grégoire Lalieu, aux éditions Investig’action et Couleurs Livres.

Le propos de Michel Collon est classique, classique d'une certaine extrême-droite, qui s'est illustrée ces dernières années dans la défense des dictatures ou le soutien à la liberté d'expression des négationnistes, sous couvert de rébellion contre « la pensée unique » ou d' « anti-impérialisme ». Collon s'auto-proclame journaliste, mais a surtout joué ces derniers temps les supplétifs des propagandistes du régime d'Assad ou de Kadhafi. On l'a trouvé dans des manifs prétendûment anti-guerre, aux côtés de négationnistes notoires comme les membres de l'association Entre La Plume et l'Enclume.

Evidemment nous avons été quelques-uns à tomber des nues et à chercher pendant plusieurs semaines comment la promotion d'un auteur tel que Collon avait pu se retrouver dans un journal syndical diffusé à des dizaines de milliers d'exemplaires.

La réponse est venue dans un compte-rendu de la dernière Commission exécutive de la Fédé en question, où l'on trouve l'intervention suivante de Christian Mathorel, responsable CGT à France Telecom, intervention qui n'a manifestement donné lieu à aucune réaction.
« Sur la guerre au Mali, je partage ce qui a été dit et je pense que l’on a besoin d’un éclairage pour nous et pour les salariés sur la réalité de la situation.
Il y a par exemple un livre que l’on a proposé dans le journal fédéral du mois dernier qu’il faut absolument que vous lisiez et qui peut aider à comprendre ce qui se passe. C’est « la stratégie du chaos » de Michel Collon (qui anime également un site internet très instructif « investig action ») et qui explique  toute l’histoire et l’actualité de l’impérialisme, sa stratégie et sa logique au moyen Orient et en Afrique, le renforcement des tensions et des enjeux avec l’arrivée dans le jeu des acteurs (USA, France, Grande Bretagne) de La Chine….. Je pense qu’il faut lire ce livre qui commence d’ailleurs par : « Ce n’est pas à la télé que vous aurez les vrais informations qui vous permettrons de vous faire votre propre idée sur ce qui se passe réellement au Moyen Orient et en Afrique ».

Si la promotion du livre de Collon dans le journal de la Fédération est sans doute l’initiative donnant le plus large écho à un « homme passerelle » entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite, la CGT en a connu d’autres. Pierre Cassen, fondateur de Riposte Laïque était ainsi syndiqué de la Filpac, la Fédération du livre, jusqu’à son exclusion en juin 2011, soit plusieurs années après la dérive fasciste de Riposte Laïque, et même plus d'un an après sa participation officielle à l'Apéro Saucisson Pinard avec des organisations violentes d'extrême-droite comme le Bloc Identitaire.

La réaction de la direction de la CGT à l'époque aura été si lente que Pierre Cassen, aura pu, en janvier 2011, en mettant en avant son propre statut de militant de la CGT, donner la parole à Fabien Engelmann, secrétaire d'un syndicat d'employés de la fonction publique territoriale, candidat du FN et finalement exclu par sa fédération syndicale.

Faudra-t-il attendre que les militants diffusant la propagande de Collon au sein de leur syndicat s'affilient nommément à un parti fasciste pour que la CGT réagisse ? Faire la promotion d'un auteur qui défend Dieudonné, qui a participé avec des fascistes notoires comme Meyssan à l'Axis for Peace, qui a co-signé un livre (Israël , parlons-en) avec le biographe hagiographe de Faurisson , Paul-Eric Blanrue ne suffit-il pas ?

En tout cas, Christian Mathoret, figure médiatisée de la CGT du secteur Telecoms et candidat à la commission exécutive confédérale au prochain congrès de Toulouse, n'est pas le premier à mettre Michel Collon en avant.

On trouve des liens vers le blog de Michel Collon sur le site de l’Union syndicale de l’intérim, celui de l’UL de Tourcoing. Plusieurs UL du Pas de Calais invitaient fin 2011 à une conférence de Michel Collon à Isbergues, on trouve des reprises de texte de Michel Collon sur le site du syndicat CGT de l’Hôpital de Vienne ou de la CGT Randstad…

On trouve des militants CGT partageant ouvertement les positions de Michel Collon, c’est par exemple le cas de Jacques Lacaze, secrétaire de l’UL de Liévin, ex PCF et PRCF (http://jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/article-jacques-lacaze-secretaire-de-l-union-locale-cgt-de-lievin-62-se-desolidarise-et-condamne-la-decla-99110190.html)

Comment est-il possible que dans une confédération comme la CGT le journal officiel d’une fédération ou le site internet d’une union locale fasse la pub de ce type d’ouvrages ?
Poser cette question revient à s’interroger sur les pratiques syndicales et les analyses qui les sous-tendent. Nul doute que des salariés, et parmi eux de nombreux syndiqués, trouveront matière à travailler aux réponses de manière plus précise et concrète.
Cela dit, nous pouvons risquer quelques pistes, sans nier la complexité des racines d’un tel phénomène ou l’existence de plusieurs niveaux ou réseaux d’explications.

Il y a d'abord  la manière dont fonctionne la CGT et nombre de ses structures.
Les décisions et informations restent très centralisées, en particulier dans les structures fédérales. Comme cette centralisation alourdit la charge de travail des dirigeants syndicaux, il y a une tendance à faire confiance sur certaines questions et tâches, souvent jugées moins importantes, à des militants sans forcément en savoir très long sur leurs convictions réelles, leurs pratiques, leurs engagements. Idem sur les candidatures à de hautes responsabilités : les délégués votent dans la majeure partie des cas pour des camarades dont ils ne connaissent rien ou pas grand-chose. On peut donc tomber sur le meilleur comme sur le pire.
Les sites d’une union locale ou d’un syndicat ou sa page facebook d’ailleurs sont souvent animés par une seule personne, et personne d’autre n’a le temps ou ne voit l’importance d’une réflexion collective sur le contenu…

Bref, quelques militants bien formés et organisés en réseau n'auront guère de difficultés à imposer leurs thématiques et à faire la promotion d'une tendance politique ou d'une autre, surtout lorsqu'il s'agit du champ para-syndical, des questions sociétales ou internationales, que le salarié investi à fond sur les luttes de classe n'aura pas le temps de creuser. Et aujourd'hui, avec la montée en puissance d'une mouvance politique rouge-brune, il n'est au fond pas étonnant qu'une offensive de leur part touche la CGT.

Pourquoi ce discours rouge-brun passe ? On peut trouver des éléments de réponse dans la manière dont le fascisme est appréhendé par la CGT. Il est indéniable que la volonté existe de combattre l’extrême-droite, le racisme, les discriminations…
Mais les impulsions données sont souvent très vagues, peu concrètes. Et autant la lutte contre le racisme, le sexisme et l’homophobie existe, du moins pour l’affichage de façade confédéral, autant la CGT est relativement muette sur l’antisémitisme, et peut publier dans son bimensuel un article sur Auschwitz sans écrire une seule fois les mots « Juifs » ou « antisémitisme »…
Sur l’histoire et la mémoire, du travail est fait, en particulier dans les instituts d’histoire sociale, mais les périodes peu glorieuses de la CGT ont tendance à ne pas être creusées. On met en avant la partie de la direction confédérale qui a résisté sous le régime de Vichy et l’Occupation, mais on se pose nettement moins la question de savoir comment un dirigeant CGT de premier plan est devenu Ministre du Travail de Pétain . On informe sur le 17 octobre 1961 ces dernières années (ce qui est une bonne chose), mais en passant plus que vite sur la faiblesse des réactions syndicales au lendemain de l’évènement.
On trouve des responsables syndicaux démunis face à des militants faisant part d’opinions racistes, nationalistes, xénophobes ou antisémites… Ce n’est pas une généralité, ça dépend vraiment « sur qui on tombe », et de nombreux militants combattent au quotidien les manifestations du phénomène, mais souvent individuellement, sans vision d’ensemble ou sans pouvoir en débattre collectivement dans leurs structures.

La formation politique, autrefois bien souvent assurée, avec tous les défauts qu’on peut y trouver, par le PCF, est largement insuffisante aujourd’hui, pour ne pas dire parfois inexistante (manque de temps ou de moyens d’un côté, volonté de contrôle des bureaucraties à qui ça convient…). En conséquence, nombre d’infos et de débats n’atteignent pas l’ensemble des syndiqués ni mêmes des syndicats ou sections syndicales.
Par ailleurs, la réflexion confédérale de la CGT (et la plupart des syndicats ne sont pas allés plus loin non plus) n’a porté que sur le FN, au moment de l’affaire Engelmann ou au moment d’élections politiques.
L’exclusion du leader de Riposte Laique est restée confidentielle et n’a été rendue publique par son syndicat qu’un an après, parce que Cassen se vantait (comme un syndicaliste de FO également militant de Riposte Laïque) d’avoir claqué la porte de lui-même.
Et sur l’affaire Engelmann, l’analyse courante, c’est de voir ça comme un « noyautage » par le FN, donc comme la stratégie d’éléments extérieurs au syndicalisme, quant il s’agit au contraire du glissement de syndicalistes vers l’extrême-droite, glissement facilité par le nationalisme économique que portent une partie des dirigeants CGT (et de l’extrême-gauche en général) et par des visions et pratiques syndicales fréquemment en décalage avec les réalités sociales et économiques des dernières décennies.

Il existe donc des syndiqués de base tout comme des dirigeants qui adhèrent à des thèses d’extrême-droite. On le dit peu mais il n’y a pas que la section syndicale de Fabien Engelmann qui penchait ou penche toujours pour le FN.

De plus, il ne suffit pas d'afficher son opposition au FN ou aux fascistes en général, encore faut-il aussi combattre les idées de cette extrême-droite MEME quand elles n'émanent pas de ce qui est déjà étiqueté extrême-droite officielle.

Car des militants comme Collon savent bien utiliser les failles du corpus idéologique de la gauche et de l'extrême-gauche.
Malheureusement, il suffit souvent de mettre en avant quelques concepts bien vus et jamais questionnés pour faire passer la pire propagande fasciste.

Ainsi, il suffit d'en appeler à l' « anti-impérialisme » et à la lutte « contre les guerres occidentales », pour faire passer un appel à une manifestation où seront présents les soutiens des dictatures et des négationnistes. Or l'anti-impérialisme en France, depuis des années n'est le plus souvent que l'autre nom du soutien aux pires régimes autoritaires.
Ainsi, il suffit de taper sur Israel et de se déclarer « antisioniste » pour avoir un succès fou chez les lecteurs de gauche avec un bouquin où l'on a va entre autres donner de la place à un Paul Eric Blanrue, hagiographe du négationniste Faurisson et par ailleurs lié à l'extrême-droite depuis sa prime jeunesse.Or l' « antisionisme » en France depuis des années n'est que l'autre nom de l'antisémitisme, utilisé par des tendances politiques qui n'ont jamais aucun problème avec les autres nationalismes, bien au contraire

Ainsi il n'est pas très compliqué de faire passer les pires discours nationalistes et chauvins sous couvert de la défense de « nos » emplois et de « nos » entreprises face à la vilaine mondialisation.
Ainsi, le corporatisme, au sens d’identité des intérêts du patronat et des salariés, se fraye un chemin au travers du discours sur les petites entreprises, où le patron « travaillerait » autant que ses employés et serait lui aussi victime des grosses entreprises.

L’égalité est une valeur progressiste de base, on le voit a contrario à la vigueur des mobilisations réactionnaires ou fascistes contre le mariage pour tous ou le droit de vote des étrangers. Mais l'égalité et la solidarité de classe sont une bataille exigeante au quotidien, et elle n’est pas toujours menée : des syndicats refusent l’adhésion de sous-traitants ou ignorent les précaires présents en nombre conséquent, depuis des années et de manière permanente dans l’entreprise. Les "blagues" ou lieux communs à fond raciste, antisémite, sexiste ou homophobe sont loin d’être relevés systématiquement.

Trop souvent, l'activité syndicale se résume à deux champs complètement séparés : d'un côté la défense des droits au quotidien, et l'activité de lutte de classe qui absorbe évidemment le temps et l'énergie de beaucoup de militants. De l'autre côté, l'activité d' « élargissement » sur des questions de fond plus globales, qui se résume bien souvent au vote de motions de « soutien » à telle ou telle position politique sur tel ou tel sujet d'actualité, à l'investissement dans une publication syndicale ou dans telle association dépendant de l’organisation syndicale.

Bien souvent, ces activités là sont squattées par des militants politiques dont l'investissement dans la CGT est avant tout conçu comme un moyen d'influencer le syndicat dans le sens des positions spécifiques de leurs organisations. Ils utilisent tous les outils possibles à cet effet (sites internet, journaux, listes mails), puisqu'ils ont le temps de le faire, ces militants étant rarement investis en même temps sur le champ des luttes dans sa boite ou son quartier.

Les militants du PRCF et de toutes les autres petites boutiques par ailleurs liées aux fascistes comme Collon ou Jean Bricmont sont bien dans cette logique mûrie et réfléchie depuis de longues années. Ils savent au mieux profiter des moyens de la CGT.

Mais leur exclusion, nécessaire si l'on a un minimum de cohérence politique, ne suffira pas à régler le problème.

A un moment donné, c'est à chaque syndicaliste, à chaque structure de base de comprendre que des luttes comme l'antifascisme ou la solidarité internationale, sont des points d’appui très forts pour aller vers cette « transformation sociale » que revendique officiellement la CGT.

Mais l’antifascisme et la solidarité internationale ne se font pas, dans le syndicat, par des déclarations de principe, mais par des actions concrètes et des discours clairs qui permettent à chacun de se saisir des enjeux et qui n’offrent pas de prise aux idées fascistes.

Ainsi sur le Mali, rien n'interdit aux syndicats qui se sentent concernés d'agir concrètement notamment en soutenant la lutte des travailleurs sans papiers présents ici,  en relayant les mouvements sociaux importants de ces derniers mois, notamment dans l'enseignement, ou en lançant des campagnes de pressions sur nos gouvernements pour obtenir que des fonds soient enfin débloqués pour faire barrage à la famine qui ravage le Sahel aussi gravement que les groupes intégristes.

Une dernière chose : nous savons d'emblée que des camarades nous reprocheront à la fois d'avoir mis ce débat sur la place publique et de rester anonymes.

Sur le premier point, les affaires Cassen et Engelmann et la manière dont elles ont été traitées nous a suffisamment instruits : nous savons bien qu'en vertu d'une certaine culture du consensus, jointe à la peur de « créer du conflit et d'affaiblir nos structures alors qu'il y a des priorités », la passivité reste malheureusement de rigueur tant qu'il n'y a pas le feu au lac, c'est à dire tant que les débats ne sortent pas du niveau interne.

Sur le second point, malheureusement, nous sommes aussi très réalistes sur le rapport de forces entre nous et la tendance rouge-brune au sein de la CGT : nous savons que nous nous attaquons à des militants organisés, avec des moyens de nuisance nombreux et bien installés dans la structure syndicale. Nous savons aussi que ces militants se moquent éperdument de la lutte des classes, du quotidien syndical et seront prêts à tout mettre en œuvre pour écraser les salariés syndiqués qui se mettent en face d'eux, sans évidemment tenir aucun compte de l'importance de leur activité de lutte quotidienne. Or nous ne sommes « que » cela, des militants syndicaux ayant fait le choix de rester des salariés comme les autres.

La CGT n’hésite pas à revendiquer les responsabilités particulières que lui confère sa place de 1ère organisation syndicale. Nous verrons comment elle les assume face à la montée de l’extrême-droite et à la contamination et la propagande en son sein d'idéologies fascistes.

Des salariés syndiqués CGT

samedi 2 février 2013

Kimto Vasquez ou la promotion capitaliste du négationnisme

Avant, l'extrême-droite détestait le rap et le rap détestait l'extrême-droite ... Mais ça c'était avant.

Depuis certains rappeurs ont vieilli, comme tout le monde. Parmi eux, certains avaient cru toucher le rêve de la réussite commerciale et de la reconnaissance médiatique. Mais les places sont chères dans l'industrie du disque, alors un premier succès ne signifie pas toujours une place au soleil.

Certains s'en foutent. D'autres virent aigris et mauvais sur la trentaine. Et dans ce cas là, comme chaque électeur du FN le sait , c'est toujours la faute des Juifs , des Arabes et des Franc Maçons.

C'est en plus joliment dit et en rimes le message de Kimto Vasquez dans son dernier album. 
Kimto Vasquez avait eu la chance de figurer sur la BO de Taxi 2. A l'époque manifestement le divertissement et son industrie ne le dérangeaient pas.

Mais pour lui, il n'ya pas eu de suite à Taxi 2, et comme il le raconte dans ses dernières interwiews, Kimto Vasquez a du rejoindre le commun des mortels et faire des boulots alimentaires.

Il a bien ruminé pendant six ans, et il est revenu avec un album qui explique que tout ça c'est de la faute des Juifs, et que Le Pen, ce brave type a bien raison sur tout, comme Robert Faurisson. Dans une chanson très justement intitulée «  Tonton du Café du Commerce ».

Le fond de la chanson est effectivement assez représentatif du comptoir du PMU situé en face de n'importe quel local du FN : Kimto Vasquez y crache sur les « gauchistes » et les « antiracistes », y affirme courageusement comme Bigard et Christine Boutin que le 11 septembre était un complot, et comme Christine Boutin également, il y fait l'apologie de l'Eglise Catholique malheureusement atteinte durement par les athées et les franc_maçons depuis l'horrible révolution de 1789.

Si ce n'était pas du rap, mais de la musette, il ya fort à parier qu'à part Alain Soral, que l'échec à percer dans les émissions de divertissement a aussi conduit au négationnisme , pas grand-monde dans les milieux de la gauche artistique n'aurait pris garde à Kimto Vasquez.

Mais là, les Inrockuptibles ont beaucoup aimé, au moins dans un premier temps, ui consacrant un article élogieux , évoquant tout de même une « radicalisation » de son discours....Nier la Shoah et vanter Le Pen, effectivement, c'est radical. Certains lecteurs du site ayant tout de même encore une autre idée de la subversion, Les Inrockuptibles ont fini par retirer l'article, mais évidemment sans aucun mot d'explication, sans doute condamner les adeptes de Robert Faurisson n'est-il pas très tendance.

Qu'à cela ne tienne, si Kimto Vasquez a hurlé à la censure sur son Twitter, il a d'autres ressources pour se faire connaître, et certaines sont assez étonnantes pour qui aura pris au sérieux son anticapitalisme affiché.

Car c'est dans le journal officiel de la Chambre de Commerce et d'industrie Franco Portuguaise, que le rappeur négationniste va trouver une tribune de choix : une page entière où l'artiste complaisamment interrogé par un journaliste commençant par parler de la censure des Inrocks dans son en-tête, va expliciter l'objectif de son dernier album : « glavioter » sur la loi Gayssot, dénoncer la main mise des sionistes sur le monde et clamer son amour de l'extrême-droite.(http://www.lusojornal.com/archives/unefr_II_111.pdf ).

Le chanteur rebelle et « anticapitaliste » a trouvé ses alliés : les grands patrons franco-portugais, puisque la Chambre d'Industrie et de Commerce a été crée par les 19 plus grosses entreprises portugaises présentes en France et que son président est patron d'une des plus grosses compagnies d'assurance portuguaises.

Le négationnisme ne dérange donc pas les grands patrons...et les grands patrons ne dérangent pas les négationnistes qui se présentent pourtant comme des grands rebelles anticapitalistes.

Et pour cause, si les patrons sont toujours prêts à rejeter la faute de l'exploitation sur les collègues étrangers ( ainsi, c'est le journaliste de la Chambre de Commerce qui interroge Kimto Vasquez sur la responsabilité des banques), ils sont également ravis de trouver des artistes subversifs comme Kimto Vasquez qui n'ont pas peur de dénoncer la responsabilité des exploités endettés et chômeurs.Kimto Vasquez explique ainsi que les Portuguais ordinaires ont eu le tort de perdre le sens des vraies valeurs, contaminés par ceux qui avaient émigré en France : au lieu d'apprécier les vertus de la pauvreté, ceux-ci sont devenus trop « matérialistes », ont voulu s'acheter des vêtements de marque , des portables, et des voitures. Quand on est un Portuguais pauvre, on reste à sa place, au pays, et on se console en priant, c'est bien connu.

Ou alors on fait comme Kimto Vasquez, on lèche les bottes des patrons, tout en se faisant un joli petit business plan pour promouvoir son dernier album, en lançant d'abord un appel à dons pour financer son opus sur un site participatif, sans préciser qu'on y parlera de Robert Faurisson, évidemment. Puis une fois l'album sorti, outre la promotion dans des journaux patronaux, on se sert de la puissance de frappe des réseaux d'extrême-droite comme Egalité et Réconciliation qui appelle ses lecteurs à voter Kimto Vasquez pour le top 5 des albums rap de l'année.


Et l'on pourra aussi compter sur des radios financées par des fonds publics , celles censées justement contribuer à l'éducation d'une jeunesse des quartiers populaires, toujours accusée d'être antisémite par nature , à cause de ses origines immigrées notamment.

Ainsi au mois de février ce n'est pas sur un obscur site salafiste financé par le Qatar que le rappeur chrétien viendra s'exprimer, mais sur une des plus anciennes radios associatives franciliennes, IDFM Radio Enghiens les Bains, subventionnée par le Conseil régional, le Conseil Général et la mairie UMP. Une radio qui avait d'ailleurs également reçu Dieudonné. Le site de la radio est d'aileurs mis en lien sur le site de la Vile d'Enghien les Bains




Finalement Kimto Vasquez, le soit-disant provocateur a trouvé aujourd'hui le moyen de plaire à tout le monde, en tout cas dans les sphères culturelles d'extrême-droite , dans les milieux patronaux, et même sur des médias subventionnés par l'Etat.

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Maj: Kimto Vasquez annonce l'annulation de son émission sur IDFM Radio Enghien sur son FB , en l'attribuant à la publication de notre article et à la mobilisation de nos lecteurs  et la radio confirme. Nos modestes brigades de police de la pensée unique ont encore frappé, merci à tous ! Politiquement Correct vaincra !














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mardi 13 novembre 2012

Antisémitisme: rien de neuf sous le soleil des Fils de France


Selon l'immense majorité des commentateurs médiatiques, il y aurait un "nouvel " antisémitisme, pas du tout français , issu de l'islam des "caves et des banlieues", et qui n'aurait rien à voir avec l'antisémitisme traditionnel et ses réseaux d'extrême-droite.

Ceux qui affirment l'existence de ce « nouvel » antisémitisme le caractérisent selon deux critères : ce serait un antisémitisme issu des quartiers pauvres, d'une part, quartiers où s'exercerait d'autre part une influence « étrangère », matérialisée par les prêches d'imams radicaux de pays tiers et par la présence sur notre territoire de « salafistes » venus d'ailleurs.

Un fascisme du pauvre et de l'immigré en quelque sorte, que nos commentateurs prennent plaisir à opposer à la nécessaire construction d'un « islam de France », seul à même de rendre la raison à des jeunes barbares venus d'ailleurs.

«  Fils de France », c'est justement le nom d'une association se disant musulmane, montée il y a quelques mois, et qui , au regard de sa récente création , bénéficie d'un succès étourdissant, puisque son dernier colloque a été accueilli sous les ors du Sénat le 27 octobre.

Son fondateur Tarek Oubrou , imam de Bordeaux est devenu en quelques années une personne tout à fait bien accueillie dans tous les milieux : invité d'honneur de conférences données par des évèques, devenu très proche d'Alain Juppé, qui l'oppose aux vilains « salafistes », fréquemment invité à la télé, il fait partie de ces dignitaires religieux qu'on se plait à ériger en symboles de l'ouverture et de la tolérance, opposés aux « petites frappes islamistes de banlieue ».

Oubrou fut pourtant le premier imam à participer à une conférence co-organisée avec Alain Soral en 2009. Personne, même parmi les grands connaisseurs de l'islam invités dans les médias, tel Malek Chebel également participant au colloque qui fait l'objet de cet article, ne semble avoir lu une intéressante et récente interwiew d'Oubrou sur Garaudy, négationniste notoire, où celui-ci est qualifié de « grand intellectuel » , qui « recevra son mérite devant le Seigneur ». Oubrou, fin sophiste , y réfute tout négationnisme pour son compte personnel, mais affirme dans cet entretien que « toute discussion sur le sujet de la Shoah, scientifique et historique est interdite », en vertu d'un « tabou ».

Tarek Oubrou a d'autres admirateurs de Garaudy à qui parler au sein de Fils de France : pas des imams barbus venus d'ailleurs, non , mais notamment un chrétien bien de chez nous, le père Michel Lelong, parrain de l'association mis en valeur lors de sa réunion fondatrice . Catholique intégriste, Michel Lelong fut notamment témoin en faveur du préfet Papon à son proçès. Il a écrit de nombreux articles pour la revue à Contre-Nuit , le fan-club officiel de Garaudy, et figure aussi parmi les invités du centre Zahra, les co-animateurs de la liste antisémite de Dieudonné en 2009.

Aux côtés de ces deux penseurs religieux, l'animateur principal de Fils de France Camel Bechick ne fait pas non plus dans l'ambiguité concernant son militantisme à l'extrême-droite : Bechick était ainsi accrédité comme journaliste de Flash, la revue d'Alain Soral, pour le dernier congrès du FN.

La référence idéologique de Bechick, c'est Maurras, comme il l'explique dans un entretien donné à un site royaliste . Pas très nouveau, comme référence antisémite, Charles Maurras.

Mais le vieil antisémitisme est toujours une bonne manière de se faire ouvrir des portes , notamment au Sénat, pour un colloque ou plus, si affinités.

En effet, sans le soutien d'un élu de la République , pas question d'organiser quoi que ce soit au Sénat. L'élue en question qui a accueilli le colloque de Fils de France n'est pas une sénatrice élue avec les voix des infâmes de la banlieue, mais avec celle des habitants de l'Orne, département où l'on croise peu de cités « islamisées », convenons-en.
Centriste, actuellement élue sous les couleurs de l'UDI, Mme Goulet a bien des liens avec des personnalités de l'islam politique international, mais pas avec des terroristes recherchés par Interpol. Présidente du groupe amitié France-Turquie au Sénat, elle s'est faite la porte parole des opposants à la reconnaissance du génocide arménien et ne trouve à redire aux massacres en Syrie que depuis l'affrontement entre le gouvernement turc et Assad.
Fidèle alliée du régime iranien, elle est également présidente du groupe France-Pays du Golfe, et a rédigé un rapport officiel pour le Sénat , à propos de la coopération militaire entre la France et les Emirats Arabes Unis.

Depuis ce colloque très officiel , Fils de France a croisé la route d'un autre membre de l'UDI, et pas n'importe lequel : c'est notamment avec Charles Beigdeber, ex-candidat à la présidence du MEDEF, secrétaire de l'UMP , grand patron reconnu, que l'association d'Oubrou et de Bechick organise une manifestation contre le droit au mariage pour tous le 17 novembre. 

Parmi les organisateurs, on retrouve trois autres députés de l'UMP, dont Jacques Myard, membre de la Droite Populaire et opposant historique aux lois anti-négationnistes et protégeant les victimes de crime contre l'humanité, de la loi Gayssot à la loi contre la négation du génocide arménien.
On croise également un animateur des Grosses Têtes, Perroni et un chroniqueur de Marianne, Roland Hureaux, souverainiste ne cachant pas ses sympathies pour Nicolas Dupont-Aignant...qui fut invité d'honneur de la réunion fondatrice de Fils de France.

La petite association de l'imam de Bordeaux, Tarek Oubrou a donc réussi le tour de force de réunir autour d'elle des élus de droite, des journalistes reconnus ou des grands patrons, et de se faire ouvrir les portes du Sénat en quelques mois d'existence, et ce malgré les proximités affichées de ses initiateurs avec l'extrême-droite la plus antisémite qui soit.

A la réunion inaugurale de Fils de France, on croisait même Robert Ménard, qui a renvoyé l'ascenseur à Camel Bechick en l'invitant à son émission sur RMC.

On cherchera en vain quelque protestation de la part des pourfendeurs du « nouvel antisémitisme », toujours prompts à dénoncer l'islam des caves importé d'ailleurs, toujours prompts à pointer du doigt le musulman pauvre ou immigré.


Il faut dire que Fils de France a un atout très utile dans la France des années 2010 : voilà des musulmans qui se revendiquent patriotes, anti-immigration, anti-progressistes, et surtout pas de gauche. De bons français, comme les aimait leur maître à penser Maurras, cette figure historique du vieil antisémitisme, qui a toujours eu droit de cité au sein de la bourgeoisie française.  

Autour de Fils de France, alliance de notables de droite connus pour leurs positions racistes avec l'extrême-droite antisémite, et les secteurs les plus réactionnaires de l'islam se fait tout à fait tranquillement au plus haut niveau de la République et sans être dénoncée. Bien au contraire, les partenaires de cette alliance utilisent eux_même la théorie du "nouvel antisémitisme" pour nier le leur, qui n'est que la continuité d'une longue tradition européenne.

Et à l'extérieur de cette alliance, les voix de gauche qui n'ont de cesse, elles aussi, d'affirmer que le péril antisémite ne vient que d'en bas et que de l'étranger participent à la négation d'un phénomène d'institutionnalisation du fascisme porté par une partie de la bourgeoisie.